La Biologie du Lapin
par François LEBAS
Directeur de Recherches honoraire de l'INRA
                                                                                                                                  Les dernières modifications

4.4 Comportement Alimentaire

    1 - Rythme d'ingestion
    2 - Évolution des quantités ingérées en fonction de l'âge et du stade physiologique de l'animal
    3 - Ingestion d'aliment et d'eau en fonction de l'environnement

    4 - Rationnement et développement digestif
    5 - Les préférences alimentaires du lapin

 

 Conditions d'observation Les études de comportement alimentaire ont principalement porté sur des lapins recevant des aliments complets équilibrés, ou lors des études de préférence alimentaire sur des aliments présentés sec (grains, pailles, fourrages secs, etc...).

 1 - Rythme d'ingestionChez le lapereau nouveau-né, le rythme des tétées est imposé par la mère. Celle-ci vient d'allaiter ses petits une seule fois par 24 heures. La tétée proprement dite ne dure que 2 à 3 minutes. Parfois, certaines lapines donnent à téter deux fois par 24 heures ou viennent visiter leur nid plusieurs fois par jour, laissant croire à certains "observateurs" qu'il y a allaitement jusqu'à 4 ou 5 fois par jour. L'absence de l'intérêt de tétées multiples a d'ailleurs été démontré il y a près de 40 ans lorsque des chercheurs ont trouvé des croissances identiques chez les lapereaux nourris par des mères pouvant allaiter une seule, ou deux fois par jours ou sans restriction d'accès au nid. Éventuellement, lorsque la quantité de lait est insuffisante, des lapereaux essaient de téter leur mère chaque fois que celle-ci entre dans la boîte à nid, mais cette dernière retient son lait. Ce comportement est le signe d'une production laitière insuffisante chez la mère. A l'inverse, si on propose aux lapereaux de téter deux fois par jour à 12 heures d'intervalle, mais avec une mère différente, une le matin et une le soir, ils acceptent volontiers. Ils peuvent ingérer alors presque deux fois plus. C'est donc bien, la mère qui détermine le rythme et la quantité de lait dont disposent les lapereaux.
 
Tableau 4 : Évolution du comportement alimentaire de lapins mâles entre 6 et 18 semaines, ayant en permanence à leur disposition un aliment complet granulé et de l'eau de boisson, maintenus dans une salle à 20±1°C (d'après Prud'hon et al, 1975)

 
AGE en SEMAINES
 
6
9
12
Aliment solide (80% MS)
- g / 24h
98
194
160
-Repas/24h
39
40
34
- g / repas
2,6
4,9
4,9
Eau de Boisson
- g / 24h
153
320
297
prises /24h
31
28,5
36
- g/prise
5,1
11,5
9,1
Eau/Aliment
1,75
1,85
2,09
Dès le début de la troisième semaine de vie, les lapereaux commencent à se mouvoir de manière parfaitement coordonnée. Dans les jours qui suivent, ils ingèrent quelques particules de l'aliment maternel et un peu d'eau de boisson si celle-ci est disponible. Au cours de la 4ème semaine de vie, l'ingestion d'aliments solides et d'eau devient rapidement prédominante par rapport à celle du lait. Durant cette période, les modifications du comportement alimentaire sont extraordinaires: le jeune lapereau passe d'une seule tétée par jour à une multitude de repas solides et liquides plus ou moins alternés et répartis irrégulièrement le long de la journée : de 30à 40 repas solides ou liquides par 24 heures (tableau 4).

La durée totale consacrée aux repas au cours d'un cycle de 24 heures est, à 6 semaines, supérieure à 3 heures. Elle décroît ensuite rapidement et tombe en dessous de 2 heures. Quelque soit l'âge des animaux, un aliment qui aurait plus de 70% d'eau (fourrage vert, par exemple) apporterait largement toute l'eau nécessaire aux lapins sous une température de 20°C.

La répartition des repas et prises de boisson n'est pas homogène au cours des 24 heures. La part de l'alimentation quotidienne consommée chaque heure en période d'obscurité est nettement plus importante que la part correspondante ingérée en période d'éclairement, tant pour l'aliment solide que pour l'eau de boisson. Il convient de remarquer une forte consommation, précédant l'extinction de la lumière dans le local d'élevage.
 
Par exemple, chez des lapins sub-adultes (Néo-Zélandais Blanc de 3 kg) éclairé 12h sur 24, la consommation nocturne peut ainsi représenter près des deux tiers de celle observée sur un cycle de 24 heures, en raison d'un augmentation de la fréquence des repas, sans variation de l'importance quantitative de ceux-ci, soit 5 à 6 grammes par repas.
 

 

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Au fur et à mesure que les lapins vieillissent, le caractère nocturne du comportement alimentaire s'accentue. Le nombre de repas pris en période d'éclairement diminue, et le "repos alimentaire" matinal tend à s'allonger. Le comportement alimentaire des lapins de garenne est encore plus nocturne que celui des sujets domestiques.


 2 - Évolution des quantités ingérées en fonction de l'âge et du stade physiologique de l'animal

Figure 19 : Evolution de la consommation d'aliment en fonction de l'âge

Les quantités de nourriture et d'eau consommées dépendent, à un moment donné, d'abord de la nature des aliments présentés aux lapins et plus particulièrement de leur teneur en énergie digestible et en protéines : une forte teneur en énergie tend à réduire la consommation et une forte teneur en protéines tend à l'augmenter. Mais ces quantités dépendent également du type d'animal, de son stade de production ou de la température ambiante.

Chez le jeune, la consommation dépend en outre très fortement de l'âge de l'animal (figure 19). Pour un aliment donné, en prenant pour référence la consommation spontanée d'un adulte (140-150 g/j de MS, par exemple pour des Néo-Zélandais Blancs de 4 kg), on constate qu'à 4 semaines la consommation quotidienne d'un jeune lapereau représente le quart, alors que son poids vif ne représente que 14 pour cent du poids vif adulte.
A 8 semaines, les proportions équivalentes sont de 62 et 42 pour cent. A 16 semaines la consommation du jeune représente de 100 à 110 pour cent de celle de l'adulte alors que son poids n'en représente encore que 87 pour cent.

 


Figure 20 : Evolution de la consommation au cours d'un cycle de reproduction

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Au cours du cycle de reproduction, la consommation spontanée d'une lapine varie fortement (figure 20). La baisse de consommation en fin de gestation est marquée chez toutes les mères et peut arriver à l'arrêt complet de l'ingestion d'aliment solide chez certaines femelles la veille de la mise bas. Par contre, l'ingestion d'eau ne devient jamais nulle.

Après la mise bas, la consommation alimentaire croit très rapidement et peut atteindre quotidiennement plus de 100 g de matière sèche par kilogramme de poids vif. L'ingestion d'eau est alors également importante : 200 à 250 grammes/jour par kilogramme de poids vif. Enfin, lorsqu'une lapine est simultanément gestante et allaitante, sa consommation alimentaire est très comparable à celle d'une lapine simplement allaitante, mais elle ne lui est pas supérieure.

 3 - Ingestion d'aliment et d'eau en fonction de l'environnement

Les dépenses énergétiques du lapin sont dépendantes de la température ambiante. L'ingestion d'aliments permettant de faire face aux dépenses est donc elle-même liée à cette température. Ainsi différents travaux conduits en laboratoire montrent qu'entre 5°C et 30°C la consommation de lapins en croissance passe par exemple de 180 à 120 g/j pour l'aliment granulé et de 330 à 390 g/j pour l'eau. Une analyse plus précise du comportement indique que, lorsque la température s'accroît, le nombre de repas (solides et liquides) par 24 heures décroît. Il passe de 37 repas solides à 10°C à 27 seulement à 30°C chez des jeunes lapines Néo-Zélandaises. Par contre, si la quantité d'aliments consommée à chaque repas est réduite par les fortes températures (5,7 g/repas à 10°C et 20°C contre 4,4 g à 30°C), à l'inverse, la quantité d'eau consommée à chaque prise s'accroît avec la température (de 11,4 à 16,2 g par prise, entre 10°C et 30°C).

 

Tableau 5: Incidence de la température ambiante sur les différents ratios relatifs à l'ingestion et à l'excrétion chez des lapins adultes
(d'après Finzi et al., 1992)

RATIOS
Températures
20°C
26°C
32°C
eau/aliment
1,7
3,5
8,3
urine/aliment
1,0
1,6
4,0
eau/fèces
1,9
5,5
11,2
urine/fèces
1,1
2,5
5,3

 

Une étude italienne de 1992 montre que lorsque la température s'élève (tests à 20°C, à 26°C et à 32°C), le rapport eau sur aliment ingéré est sensiblement accru, ce qui était connu. Mais les différents ratios concernant l'ingestion et l'excrétion sont aussi modifiés (tableau 5 ci-contre). Les auteurs de cette étude proposent même d'utiliser ces ratios (ceux les plus faciles à mesurer localement) pour quantifier l'importance d'un stress thermique chez le lapin. Cette suggerstion mériterait cependant d'être validée avant mise en application.

Si, dans l'environnement du lapin, l'eau de boisson vient à manquer totalement et que seuls des aliments secs (moins de 14% d'eau) sont à sa disposition, la consommation de matière sèche s'annule en 24 heures.

Dans les conditions d'un manque total d'eau et en fonction des conditions ambiantes (températures, hygrométrie), un lapin adulte peut survivre de 4 à 8 jours sans altération irréversible des fonctions vitales; mais son poids peut être réduit de 20 à 30 % en moins d'une semaine. Si, par contre, des lapins ont de l'eau de boisson (propre) à leur disposition, mais aucun aliment solide, ils peuvent survivre 3 à 4 semaines. Par rapport à "la normale", l'ingestion d'eau est alors augmentée de 4 à 6 fois en quelques jours. La distribution de chlorure de sodium dans l'eau (0,45%) réduit cette surconsommation, mais le chlorure de potassium est inefficace (perte de sodium par voie urinaire). Le lapin s'avère donc très résistant à la faim et relativement résistant à la soif ; mais il convient de retenir que toute limitation de la quantité d'eau nécessaire, par rapport aux besoins, entraîne une réduction au moins proportionnelle de la matière sèche ingérée et, en conséquence, une altération des performances.

 

 

 

 

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Dans certains cas, l'absence d'abreuvement est uniquement liée à l'accessibilité des abreuvoirs. Ainsi les lapereaux allaité sont parfois obligés de grimper sur leur mère pour accéder à un abreuvoir placé trop haut dans la cage (plus de 25 cm entre le fond de la cage et le point d'abreuvement). Tant qu'ils sont allaités (70 à 75% d'eau dans le lait) et disposent d'une mère tolérante, les lapereaux n'ont pas de problème majeur. En effet si l'abreuvoir est "trop" haut souvent les lapereaux grimpent sur leur mère pour accéder à cer abreuvoir. Mais la situation peut devenir dramatique après le sevrage, surtout si ce dernier est précoce. Le risque est encore amplifié pour les races de petite taille.

 

 

4 - Rationnement et développement digestif

Tableau 6: Incidence de divers modes de restriction alimentaire
(données partielles)

MODE de RESTRICTION
A VOLONTÉ
71,4%
périodicité
24h/24
5j/7
7j/7
5j/7
GMQ g/j
38,1
21,3
25,2
16,6
cont.digest
220
273
329
316
%caecal
40,4
45,2
35,8
40,8

cliquer ici pour visionner le tableau complet

 

Pour différentes raisons il peut être souhaitable de limiter la quantité d'aliment distribuée aux lapins en croissance. Cela est par exemple conseillé en cas d'entéropathie épizootique du lapin , l'EEL (voir à ce sujet l'article qui lui est consacré dans la partie magazine) En règle générale, ce rationnement tend à réduire aussi la vitesse de croissance des animaux. Par contre, le tube digestif est nettement moins affecté par la restriction alimentaire que l'ensemble de l'organisme comme le montrent les données du tableau 6.

Par ailleurs, si une restriction alimentaire favorise systématiquement l'accroissement du contenu digestif, la répartition de ce dernier entre les différents segments dépend largement du mode restriction retenu.

En raison du développement relatif plus important de la masse digestive et surtout de son contenu, les différent modes de restriction affectent significativement le rendement à l'abattage, mais l'effet est directement relié à la vitesse de croissance comme le montrent les résultats de la figure 21 ci-dessous.

 
Figure 21: Rendement à l'abattage (ronds bleus) et proportion de viscères pleines (carrés jaunes) chez des lapins abattus à 70 jours, en fonction de la vitesse de crois-sance observée à la suite de divers modes de restriction alimentaires (d'après Jérôme et al., 1998).
A= lot témoin ad libitum; B = restriction à 80% selon un plan d'alimentation; C1 = accès à la mangeoire limité à 16h/24, de nuit;
C2 = accès à la mangeoire limité à 8h/24, de jour; D1 = accès à la mangeoire interdit 2 fois 8h chaque semaine; D2 = accès à la mangeoire interdit pendant 24 h , une fois par semaine.
Les lapins ont tous été ré-alimentés à volonté une semaine avant l'abattage.
 

 

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Au plan pratique il faut retenir que toute restriction altérant la vitesse de croissance, altèrera aussi le rendement à l'abattage.


 5 - Les préférences alimentaires du lapinLorsque le lapin se trouve face à plusieurs aliments, il choisit en fonction de critères parfois difficilement prévisibles. Ainsi, quand on distribue en libre choix de la luzerne déshydratée et du maïs-grain sec, l'équilibre se place à 65 % de luzerne et 35 % de maïs. Il serait par exemple 60/40 avec la luzerne et de l'avoine. Mais, si les grains de maïs sont relativement humides (plus de 14 -15 %, ce qui peut poser des problèmes de conservation), la proportion de maïs monte à 45-50 %.
Lorsqu'on présente aux lapins des aliments contenant des luzernes déshydratées ayant des taux variables de saponine, donc plus ou moins amères, leur choix se fixe sur ceux des aliments qui ont un degré d'amertume relativement élevé. Ces mêmes aliments sont par exemple délaissés par des rats ou des porcs lors des essais réalisés en 1977 aux États-Unis.
 L'alimentation des lapins avec des fourrages + un aliment concentré complémentaire pose également quelques problèmes quand l'appétibilité des fourrages n'est pas bonne. Des lapins disposant à volonté d'un aliment concentré en énergie et de lest (de la paille par exemple) ne savent pas ajuster correctement leur consommation et obtenir la croissance maximale. Lorsqu'un éleveur se trouve face à cette situation, il lui faut limiter la quantité d'aliment concentré distribué quotidiennement ou, plus généralement, celle de l'aliment le plus appétible. En effet, cela peut être parfois le cas de certains fourrages verts de faible valeur nutritive.

Par contre, la situation est différente si le lapin se trouve face à deux aliments concentrés en énergie, comme Gidenne l'a testé en 1985 avec un aliment granulé complet et de la banane verte, tous deux en libre choix. Dans ce cas, les lapins ayant le libre choix ont eu une croissance équivalente à celle du témoin, et un ingéré d'énergie digestible identique. Toutefois, entre le sevrage (5 semaines) et la fin de l'essai (12 semaines), la proportion de banane est passée de 40% à 28% de l'ingéré quotidien de matière sèche.

 Il faut signaler enfin que des lapins en croissance, qui reçoivent un aliment granulé carencé en acides aminés soufrés ou en lysine et qui disposent simultanément pour boisson en libre choix d'eau pure et d'une solution de l'acide aminé déficient, boivent la solution d'acide aminé de préférence à l'eau pure. Ils réussissent ainsi à avoir une croissance semblable à celle des lapins témoins recevant un aliment équilibré.
    
   
Biologie du Lapin - Fin du sous-chapitre 4.4 " Comportement alimentaire"
   
   
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